Economie circulaireTransposer l’équation « Extraire, produire, consommer, jeter » de l’économie actuelle, fondée sur le gaspillage des ressources naturelles, par un système alternatif : le cycle des écosystèmes. Tel est l’objectif de l’Institut de l’économie circulaire, officiellement lancé le 6 février dernier. Un principe économique  et écologique simple est affirmé : les déchets des uns sont récupérés pour devenir des ressources pour d’autres. La rédaction d’un livre blanc pourrait aboutir à un projet de loi en 2017.

 

 

RIEN NE SE PERD, RIEN NE SE CRÉE… TOUT SE TRANSFORME !

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme »… C’est à Antoine Laurent de Lavoisier (1743 – 1794) que l’on attribue cette maxime. Le père de la chimie moderne a donné son nom à cette loi de conservation de la masse devenue un axiome pour ceux qui militent aujourd’hui pour la préservation des ressources naturelles. Cette apport, révolutionnaire pour la Science, n’a pas empêché le scientifique, devenu percepteur d’impôt et Fermier Général, d’être guillotiné par d’autres révolutionnaires, ceux de la Terreur…

 

Francois-Michel-LAMBERT-Lancement-de-l-Institut-de-l-economie-circulaireMais couper les têtes ne change rien aux réalités, surtout celles qui dérangent. Pour le député François – Michel LAMBERT, président de l’Institut de l’économie circulaire, « devant l’épuisement des ressources, la logique de l’économie linéaire – consistant à extraire, produire, consommer, jeter – n’a plus d’avenir et est totalement incompatible avec la notion de développement durable. » L’écologiste prône un « nouveau modèle de développement économique (…) inspiré du fonctionnement des écosystèmes, du bio mimétisme, où rien ne se perd et tout se transforme. »

 

Valorisation des déchets« LA VALORISATION DES DÉCHETS DISPOSE D’UN TRÈS GRAND POTENTIEL »

Finalement, deux siècles de société industrielle nous ramènent au point de départ ! Lavoisier doit se retourner dans sa tombe. Deux siècles qui nous mènent à la crise majeure actuelle où l’on constate bien qu’un modèle est à bout de souffle. Le constat est affligeant : pillage des ressources naturelles, destruction des écosystèmes, crise climatique, persistance de l’idée d’une croissance infinie dans un monde fini… Comment ne pas s’indigner d’un tél état de notre planète et de nos comportements prédateurs ?

 

Dans le débat essentiel sur l’incontournable transition énergétique – passage d’un système fondé sur le gaspillage rapide des stocks de ressources fossiles qui s’épuisent (pétrole, gaz,…) à un système plus sobre en énergie et qui repose sur des énergies renouvelables (biomasse, soleil, vent…) –  on parle beaucoup de gaz de houille, de gaz de schiste, d’éolien offshore ou du photovoltaïque. « Cela m’agace quelque peu (…), tandis que le sujet de la biomasse n’interpelle quasiment personne, explique François – Michel LAMBERT. Et pourtant, cela représente 60% des énergies renouvelables en 2020 et 17% de notre mix énergétique futur. La valorisation des déchets dispose d’un très grand potentiel, mais son image est bien sûr nettement moins vendeuse (…). Il est nécessaire d’opérer un changement des mentalités !».

 

Rappelons que la biomasse désigne l’ensemble des matières organiques pouvant se transformer en énergie. Elle se présente sous forme solide (paille, copeaux, bûches…), liquide (huiles végétales…) ou gazeuse (biogaz…).

 

ZINC, PLOMB, CUIVRE… L’ÉPUISEMENT DE CERTAINES RESSOURCES EST DÉJÀ PROGRAMMÉ AVANT 2050 !

Nos filières industrielles vont donc devoir se verdir. Dans sa tribune sur le sujet de « l’économie circulaire, levier de la compétitivité industrielle », Marc-Antoine FRANC, directeur chez BeCitizen, alerte sur « l’urgence de promouvoir l’industrie du recyclage et une logique de filière ». Ainsi, des « ressources stratégiques » sont en voie d’épuisement, comme le zinc (2025), le plomb (2030) ou le cuivre (2040). L’union européenne a jugé « critique » l’accès a 14 matières premières minérales : béryllium, cobalt, tungstène, terres rares…

 

« Les matières premières sont essentielles à la fabrication de certains produits (…) : téléphones portables, panneaux photovoltaïques, batteries pour véhicules électriques, fibres optiques ». Ce qui crée de « très fortes tensions » sur les approvisionnements des industries, « pouvant mettre en péril leur activité », ajoute Marc-Antoine FRANC.

Gaspillage européen des ordinateursEN EUROPE, SEULEMENT 38% DES DÉCHETS MUNICIPAUX SONT RECYCLÉS…

On l’a bien compris, il est devenu vital pour nos sociétés de développer le recyclage. Pourtant, seulement « 38% des déchets municipaux sont recyclés en Europe », explique Marc-Antoine FRANC, le reste est incinéré (21%) ou enfoui (37%). La France se classe au 10è rang de l’UE… Un incroyable et stupide gaspillage !

 

A lire ces chiffres, c’est à une nouvelle révolution industrielle – écologique et durable – à laquelle nous sommes confrontés. L’industrie du recyclage est au cœur de l’économie circulaire, créatrice d’emplois non délocalisables. Les véritables « révolutionnaires » sont peut-être ceux qui innovent et font appel à l’intelligence dans le respect et en harmonie avec le vivant. Tel Lavoisier, par exemple…

 

 

 

Daniel LACAILLE

 

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